Anne-Marie, torturée en 2007

Les accusations de sorcellerie en RDC

En RDC, l’accusation de sorcellerie est une autre forme supplémentaire de violence contre les enfants et les femmes. Au Nord-Kivu, Children’s Voice mène une lutte sans merci depuis des années pour protéger des enfants et des femmes accusés de sorcellerie. Torturés, terrorisés et même tués, ces enfants et jeunes sont accueillis dans un cadre protecteur où ils reçoivent un appui psychosocial et médical. Les plus jeunes bénéficient d’une prise en charge scolaire et les plus grands reçoivent une formation en différents métiers.

Des séances de sensibilisation et de formation des leaders communautaires et responsables des églises sont régulièrement organisées. Des comités de suivi et de protection ont été mis en place pour dénoncer et appeler au secours la police spéciale de protection de l’enfant. Un accompagnement et un suivi régulier sont assurés par Children’s Voice.

Aline et sa maman, en 2007
Aline et sa maman, accusées de sorcellerie, en 2007

Parmi les victimes des accusations de sorcellerie, 98% sont des filles, des femmes pauvres et des vieilles femmes. Pour les enfants ce sont plus des orphelins, enfants issus des familles très pauvres, des enfants de la rue, des enfants abandonnés, de petites filles ramenées du village pour des travaux de ménage ou des baby-sitters.

Nous avons voulu savoir pour quelles raisons des femmes sont accusées et pas des hommes ! Quelques points de vue ont été recueillis auprès des hommes dans la ville de Goma :

La sorcellerie accuse les femmes et les enfants

  • Jacques : c’est une mentalité ancrée dans la philosophie de base qui dit que le malheur ne peut venir que de la femme !
  • Safari : On parle plus de sorcière que de sorcier ! L’homme est plutôt appelé « mufumu » dans le sens de guérisseur, de protecteur du mal, de prédicateur.
Jeanine 4 ans, dite sorcière
Accusée d’être une sorcière, Jeanine , 4 ans a été sauvée de justesse en 2006.
  • Boniface : la femme est facilement assimilable aux mauvais esprits ! C’est ça la tradition !
  • Yves : Selon l’ancienne tradition, la femme est l’origine du malheur ! Dans le barza où sont réunis des vieux du village, il ne faut pas qu’une femme y entre ! Elle ne doit pas écouter la conversation des hommes ! Elle parle beaucoup, elle est indiscrète, elle n’a rien d’enrichissant dans sa façon de voir, voilà !
  • Jean Louis : Une femme qui perd son mari pour la 2e fois, est porteuse de malheur, sorcière, et elle aura du mal à avoir un autre mari ! Tandis qu’un homme n’a pas de problème même veuf pour la 5e fois. Il aura d’autres épouses. On dit seulement qu’il n’a pas de chance !
  • Charles : Dans la région ici il y a un clan dit « de porte-malheur ». On nous a appris qu’il faut faire attention et ne pas épouser filles de ce clan. Pourtant leurs garçons n’ont pas de problème. Ils peuvent épouser les filles des autres clans comme si le malheur de ce clan n’est que sur les filles !
  • Jean : C’est carrément une façon d’écarter la femme, de l’exclure de la gestion et de la prise de décision. Une sorte de mépris et de violence à l’égard de la femme.

 

Analyse d’une accusation de sorcellerie

Un documentaire a été réalisé par l’Unicef sur Josiane, 16 ans, accusée de sorcellerie et secourue par Children’s Voice.

Comme dit Josiane dans ce documentaire qui montre bien l’action et l’organisation de Children’s Voice, il y a lieu de garder espoir pour un avenir meilleur pour elle et pour les filles et femmes de la région tant qu’on pourra les aider. Mais le combat est encore long pour faire changer de mentalité la société.

Publié par

Christine Musaidizi

Christine est la présidente du Conseil d'administration de Children's Voice, l'ONG qu'elle a cofondée en 2002 et dirigée jusqu'en 2016.

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