Mines de Rubaya, Nord-Kivu

Enfants dans les mines en RDC

Elle pleure… mais pourquoi donc ? ! La petite Mado, à peine 10 ans, m’attristait non seulement par son histoire mais aussi par son piteux état dans cette carrière minière située sur la montagne de Nyange, dans la zone de Rubaya, à l’est de la RDC.

Victime d’exploitation…

Mado, enfant des mines
Témoignage de Mado

À la voir, on se croirait en face d’une petite femme déguenillée, à la croissance retardée, et qui n’a pas pris de douche depuis plusieurs semaines. Mais en réalité, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une petite fille innocente, orpheline de père et de mère, venant du camp des déplacés de guerre situé au cœur de la cité. Elle m’apprend qu’elle doit transporter près de 80 litres d’eau par jour avec un bidon de 20 litres par tournée (montée et descente), et ce sur une montagne très accidentée de plus d’un kilomètre et demi de hauteur.

L’eau, source de vie mais de malheur…

De l’eau, il en manque péniblement dans toutes les carrières situées sur cette montagne. Pourtant, il en faut – de l’eau – pour que cette population qui a élu domicile ici, ces creuseurs travaillant dans des conditions artisanales moyenâgeuses et totalement inappropriées, ces marchands, ces motards, ces prostituées détenant des « maisons de tolérance » boivent et mangent. Et pour ça, les petits restaurants qu’on y trouve par dizaines n’hésitent pas à utiliser des enfants pour des travaux lourds, indignes, inhumains et insalubres. De l’eau encore, il en faut forcement pour nettoyer le sable, tamiser le reliquat et séparer la « matière précieuse » qui fabrique plus de la moitié des téléphones portables produits dans le monde.

Cette eau est à la base de la souffrance et de la maltraitance des milliers d’enfants dans des zones minières en RDC. Ceux qui ne peuvent pas en transporter jusqu’à la montagne pour 500 francs congolais (FC) le bidon (0,55 $ américains pour 20 litres) n’hésitent pas à aller œuvrer aux points de « nettoyage » au bord de la rivière, sur le pied de la montagne. Ici affluent des files de creuseurs avec chacun un gros sac de sable d’où rejaillira, avec un peu de chance, au plus deux verres de magnésium, d’étain ou de tantale. Le prix d’un verre, forfaitairement fixé par le négociant moins offrant qui détient le monopole du marché depuis quelques mois, varie entre 4 000 et 4 500 FC (entre 4 et 5 $ US).

Enfants des mines à Rubaya
Enfants triant le minerai

Initions le changement…

À l’instar de Mado, des nombreux enfants travaillent dans des activités connexes à l’extraction minière dans et autour des sites miniers. Nous en avons rencontré quelques-uns lors de notre visite sur terrain le 6 mai dernier. Ceci a été une occasion pour Children’s Voice d’interpeller et de sensibiliser les parents et les différents acteurs impliqués dans la gestion des mines au sujet de l’importance de la protection de chaque enfant touché de près ou de loin par cette triste réalité. Les droits à l’éducation et à la protection de chaque enfant contre les pires formes de travail ont été particulièrement évoqués par MM. Jeannot Kassa et Bulere Pitchou qui ont fait le tour de la carrière, de quelques restaurants utilisant les enfants et de quelques points de nettoyage des minerais. En discutant avec les services impliqués dans la gestion de la carrière, une réflexion a été ouverte afin d’entrevoir la possibilité d’initier des mécanismes conjoints de protection de l’enfant et de surveillance de la présence de ces derniers dans les mines.

Pour cette équipe de Children’s Voice, « La traçabilité des minerais, en plus de supposer des chaînes de production et d’approvisionnement responsables et transparents, devrait également être la résultante de la protection des droits humains, en particulier ceux des enfants et des creuseurs dans ce contexte de guerre et de non-accès à la justice. » Dans leur message de sensibilisation, Jeannot et Bulere ont rappelé les prescriptions de la loi congolaise portant protection de l’enfant et de la Convention sur les pires formes de travail faites aux enfants. Pour eux, bien que l’heure soit encore à la sensibilisation, des mécanismes de répression des cas de violations des droits de l’enfant doivent être implantés dans les zones minières afin de réprimander ces violations flagrantes des droits de l’enfant.

A-t-elle seulement un autre choix ?

Enfant porteur d'eau
Enfant porteur d’eau dans les mines à Rubaya

Pas sûre du lendemain, sans parent, sans logis, victime de la barbarie et de la violence sous diverses formes… Mado n’a pas pu retenir ses larmes lorsqu’elle m’a entendu évoquer les fameux droits de l’enfant qui ne sont que rêve et utopie pour elle et pour le millier d’enfants qui sont dans la même situation.

… Absolument !

C’est pour redonner une autre chance à cette enfance qui se meurt peu à peu, pour sauver des enfants comme Mado, et bouter hors des sites miniers les pratiques inhumaines et violations des droits de l’enfant, que Children’s Voice a appelé cette campagne « Zéro enfants dans les mines ». Vous aussi vous pouvez nous aider à changer les choses… rejoignez-nous dans la campagne et, ensemble, sauvons les vies de ces enfants!

Publié par

Jeannot Kassa

Jeannot Kassa a été un collaborateur actif de Children's Voice après avoir été dans sa jeunesse le président du parlement des enfants de Goma. Il a écrit de nombreux articles pour le site.

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